Panorama 18

16_10_09

Baptiste Rabichon, Elle (détail), 2016 – Paul Heintz, De Façade, 2016 – Mathilde Lavenne,
Artefact #o / Digital Necrophony, 2016 – Mathias Isouard,Tension dissonante #, 2016.

Au soir de l’inauguration de l’exposition annuelle des artistes émergents ou reconnus du Fresnoy, Alain Fleischer est entouré de ses amis, à commencer par son Monsieur cinéma, Dominique Païni, sans omettre les futurs curateurs des Panoramas, Jean de Loisy, et José-Manuel Gonçalvès. Aussi, on pense aux nuits blanches. Mais Laurent Le Bon, le commissaire de cette dix-huitième exposition Panorama le sait, la tâche est particulière puisqu’il n’a choisi ni les artistes ni les œuvres. Ainsi, avec une radicalité extrême, il a décidé de ne pas donner de thème particulier en se saisissant du nom de l’événement pour en faire titre, Panorama 18, comme sur le catalogue de cette exposition où émergence et excellence s’accordent à merveille.

Dans cette école de centre d’art mêlant les pratiques de l’image et du son à l’ère numérique, le cinéma, n’est jamais très loin. Comme c’est le cas dans les expérimentations par l’image de Baptiste Rabichon qui s’est confronté aux décors extérieurs des bords de mer en fabriquant lui-même son appareil, une caravane dont il a fait camera obscura. Comme au cinéma, il a anticipé sa capture en déployant, sur le rivage, la grande image en négatif d’une présence. A l’étrange étrangeté de cette marine photographique s’ajoute par conséquent la présence par l’image de celle qui, peut-être, jamais n’est venue.

Le cinéma, encore, avec le décor sans début ni fin d’une façade qui se déploie sous nos yeux. L’appareil a été conçu par Paul Heintz. On qualifie, en architecture, une façade de “rideau” lorsque celle-ci n’est que décor, donc non “porteuse”. Mais dans Paris, elle existe cette architecture et très précisément au 145 de la rue La Fayette. Quand nul ne sait ce qu’elle dissimule. Car personne, derrière cette façade, ni ne travail ni n’habite comme c’est le cas pour les villes fantômes que les décorateurs reconstituent ou imaginent avant de les mettre aux services de quelques narrations. C’est donc l’idée, le concept d’une façade, que l’artiste nous présente. Aussi, elle n’a ni début ni fin.

Une tôle métallique que l’on froisse et, au théâtre comme au cinéma, c’est un orage qui s’annonce. Mais que nous annonce cette feuille d’aluminium de grande taille que Mathias Isouard a suspendue dans l’espace de ce qui fut autrefois un dancing résonnant aux sons des instruments l’habitant ? En mode performance, elle n’annonce rien d’autre qu’elle-même. Car l’artiste l’anime des vibrations qui la traversent et participent de la composition musicale que ce dernier a écrite. Littéralement, elle danse au rythme des sons qu’elle extirpe des tréfonds de l’agitation des atomes qui la constituent.

L’industrie cinématographique, comme l’industrie musicale, est aussi affaire d’innovations se succédant. Aussi, Mathilde Lavenne en réactive une avec son dispositif ayant l’allure du phonographe inventé par Thomas Edison en 1877. Une invention qui, au début du siècle dernier, déclenchait déjà les hostilités dont celle d’un certain John Philip Sousa. Ce dernier considérant que ces “machines parlantes” allaient « ruiner le développement artistique de la musique ». C’était en 1906 et déjà la reproductibilité des œuvres d’art faisait débat. Aujourd’hui, c’est du numérique dont on débat, dans la société comme dans l’art. Et Mathilde Lavenne de nous interpeller : « Existe-t-il un Au-delà numérique ? ». Panorama 18, avec sa cinquantaine d’artistes présentés, nous propose autant d’œuvres ou points de vue sur ce qui pourrait être l’art d’un “au-delà du numérique”.

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