Embarquement immédiat

17_02_26

Cécile Babiole, Couloir Aérien, 2016 – Adrian Paci, Centro di Permanenza Temporanea, 2007 –
Hiraki Sawa, Dwelling, 2002 – Audrey Martin, All Right Good Night, 2016.

Une carte d’embarquement vous est offerte à l’entrée de l’exposition Aéroports/Ville-Monde dont le propos a été confié au curateur Franck Bauchard. Ce second événement de la nouvelle équipe de la Gaîté Lyrique que dirige Marc Dondey est donc consacré au voyage. Au trafic comme aux désillusions entre autres rêves de départs ou d’arrivées. C’est ainsi que l’installation sonore Couloir Aérien de Cécile Babiole nous révèle le trafic réel des alentours de la Gaîté Lyrique. Celui, imputable aux déplacements de celles et ceux dont l’artiste ne nous dévoile que les numéros des vols, quand de leurs avions nous percevons les sons qui les incarnent parfaitement au sein du couloir aérien de leur détournement artistique. Une autre œuvre de 2007, vidéo celle-ci, nous apparaît aujourd’hui tel l’écho de quelques déclarations politiques récentes. Il s’agit de la séquence Centro di Permanenza Temporanea d’Adrian Paci qui documente une “performance d’aéroport” résolument prémonitoire. Où des hommes, d’un calme extrême, montent sur une passerelle pour s’y entasser progressivement car elle n’est accrochée à aucun avion. Attendant patiemment on ne sait quoi, ils nous rappellent que la liberté de se déplacer au-delà des frontières n’est pas universelle en cette tendance générale du repli sur soi. Aussi, il en est qui se contentent de rêves de voyage à l’instar d’Hiraki Sawa avec Dwelling. Car les avions qui décollent, s’élèvent, volent à des vitesses de croisière ou atterrissent le font dans un salon, une chambre à coucher ou une cuisine. Le ciel de l’appartement filmé est définitivement très embouteillé. Dans la tour de contrôle des rêves de l’artiste, on s’affère à gérer tout ces départs et toutes ces arrivées n’allant que d’ici à là. Enfin, sur la terrasse de la Gaîté Lyrique, il y a un drapeau le bleu d’Audrey Martin dont on suit les ondulations au vent du ciel extérieur en temps réel depuis l’espace intérieur de l’exposition. Il y est écrit : All Right Good Night car ce sont les derniers mots que le pilote du vol MH370 de la Malaysia Airlines a prononcé avant que son avion ne s’abîme en mer le 8 mars 2014. Ce qui évoque une triste réalité une fois encore. Car, qu’il s’agisse de vols réels, impossibles, fantasmés ou interrompus, les œuvres de cette exposition nous renvoient tant au monde tel qu’il est qu’à des expériences davantage personnelles.

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