62e Salon de Monrouge

Hélène Bellenger, Sans titre (posters), 2016 – Lucie Planty, Collection particulière, 2016 – Pauline Lavogez, Gagner malheur, 2017 – Jingfang Hao & Lingjie Wang, Dans un univers où rien n’est immobile, 2015.

Au printemps à Montrouge il y a un salon qui, depuis 1955, dresse le panorama de la création contemporaine. C’est au Beffroi que l’on peut découvrir les œuvres de la cinquantaine d’artistes émergents de cette soixante-deuxième édition du Salon de Montrouge placé, depuis l’an dernier, sous la direction artistique d’Ami Barak. Ce dernier nous propose une grille de lecture au travers d’une scénographie organisée en quatre grandes parties intitulées : Elevage de poussière, Récits muets, Fiction des possibles et Laboratoire des formes. Même si, chacune, chacun, nous pouvons établir bien d’autres relations entre les créations qui nous sont proposées et nos modes de vie ou cultures entre autres expériences.

A commencer par l’installation Sans titre (posters) qu’Hélène Bellenger a extirpée de l’Internet au fil de ses recherches de couchers de soleil aux couleurs résolument saturées. Et le paysage qu’elle recompose dans l’espace de l’exposition de nous renseigner sur le protocole établi par l’artiste. Car les affiches ou posters qu’elle met en scène sont enroulées autour des rouleaux de leurs transports. Convoquant ainsi les procédés d’un art conceptuel, elle fait œuvre des fragments de paysages convenus qui n’ont ordinairement d’autre utilité que de flatter nos regards en manque d’ailleurs fantasmés.

Lucie Planty aussi a scruté l’Internet pour y retrouver les traces par l’image de tableaux spoliés durant l’occupation. Sollicitant un copiste, elle les a réactivés comme on reconstitue des scènes de crimes. De la Magdalene de sa Collection particulière, on sait peu de choses, ni vraiment la date de sa réalisation ni véritablement celle de sa disparition. Pourtant, elle est là, peinte sur du bois de peuplier, telle la conséquence de sa propre disparition. Si bien que l’on ne sait plus bien que ce l’on observe en cette époque où l’intolérance extrême conduit au vol comme à la destruction des œuvres de cultures à “éradiquer”.

Si créations œuvres s’offrent aux spectateurs, d’autres, à l’instar de Gagner malheur, résistent, au risque de se fondre dans leur environnement. Mais que dissimulent les parois d’un blanc translucide du pilier qui forment l’installation de Pauline Lavogez quand un son sourd, soudainement, nous interpelle ? Seule l’artiste sait la nature exacte du mécanisme qu’elles contiennent. De notre côté, nous n’en devinons qu’une forme de violence contenue. A moins que ce ne soit des appels, comme autant de tentatives de communiquer au-delà des mots !

Enfin, il y a ce monochrome noir, intitulé Dans un univers où rien n’est immobile par Jingfang Hao & Lingjie Wang, qu’une autre énergie perturbe. Mais celle-ci est d’une régularité absolue dans le tracé, du derrière, de cercles parfaits. Quand il convient de s’approcher pour saisir la douce vitesse de ce qui a les allures d’une lointaine comète. C’est, dans ce cas, le détail qui fait l’œuvre dans sa globalité. Un détail que l’on suit dans la durée et qui s’efface au fur et à mesure qu’il se meut dans cette obscurité évoquant l’univers que seules les machines sont à même d’explorer.

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