Les faits du hasard

Disnovation, Predictive Art Bot, 2017 – Quentin Euverte et Florimond Dupont, Buzz Aldrin Syndrome, 2017 – Cyril Leclerc et Elizabeth Saint-Jalmes, Pixel Lent, 2016 – Fabien Leaustic, Ruines, 2015-2017 – Juan et Santiago Cortès, Tierra (Paisajes Magnéticos), 2013 – Linda Sanchez, 11 752 mètres et des poussières, 2014.

A l’ère où, nous dit-on, il est des intelligences artificielles qui peignent comme les anciens, un robot actuellement au Centquatre pense comme les modernes. Entendons qu’il fait manifeste, de jour comme de nuit et sans cesse se renouvelant, il conçoit des œuvres que vraisemblablement jamais personne ne réalisera. Le Predictive Art Bot conçu, ou plus précisément codé par les deux artistes du duo Disnovation, compte parmi les installations que présentent les curateurs Gilles Alvarez et José-Manuel Gonçalvès au sein de l’exposition Les faits du hasard. Quand les titres ou descriptions textuelles des œuvres sans devenir dont il s’agit puisent les mots qui, se combinant font concept, sur Twitter. Car les installations artistiques de cette exposition qui prendra fin le 4 mars 2018 se génèrent dans la durée qui est celle des spectatrices et spectateurs à l’instar des Ruines que Fabien Leaustic alimente quotidiennement. Afin que leurs teintes vertes soient plus saturées encore que celles des micro-algues qui recouvrent nos marécages. Nul ne sait, une fois encore, l’allure que prendront les monolithes de l’atelier D du Centquatre. L’autonomie, celle-là même des installations mêlant les intentions des machines aux processus du vivant, nous apparaît ici comme l’une des composantes essentielles de cette exposition de la Biennale Némo.

Puis, il y a les fictions qui se construisent au fil des heures, minutes, secondes. A commencer par cet assemblage de jarres, bouteilles ou bocaux qui, sous la forme d’électricité, sont soumis aux sons de musiques des films de science-fiction nous ayant transporté sur les surfaces de quelques planètes fantastiques. L’électrolyse se chargent d’en recréer des approximations au sein des récipients de l’installation Buzz Aldrin Syndrome de Quentin Euverte et Florimond Dupont. Le processus est scientifique alors que le titre nous renvoie à celui qui, notamment, donna son nom à un cratère du sol lunaire. Les loupes qui surplombent les dispositifs de la série Tierra (Paisajes Magnéticos) des deux artistes colombiens Juan et Santiago Cortès accroît l’aspect scientifique de leur installation. Mais elles nous permettent aussi de nous projeter sur les sols de quelques autres planètes dont les magnétismes extrêmes nous interdiraient la visite. Nous le comprenons au hasard de notre déambulation, ces œuvres se livrent afin que nous nous y projetions comme pour en prolonger les histoires qui se génèrent d’elles-mêmes ou presque.

On en oublieraient les artistes qui, comme Cyril Leclerc et Elizabeth Saint-Jalmes délèguent à des escargots performants pendant les cinq heures de l’inauguration des Faits du hasard. Les ayant préalablement équipé de diodes électroluminescentes, ils leur permettent non seulement d’illuminer la pièce de leur monstration, mais aussi de contrôler les sons de leur environnement. Quand nous voulons continuer d’ignorer la réalité technologique du processus inhérent la création musicale de cette performance intitulée Pixel Lent. La lenteur étant au rendez-vous de cette seconde Biennale Némo, comme pour ralentir le temps qu’imposent les entreprises du digital avec la foison des services dont nous pourrions inévitablement nous passer. Enfin, il y a cette séquence vidéo de Linda Sanchez dont le titre, 11 752 mètres et des poussières, nous décrit cette situation d’un presque rien. Car elle parcourt sous nos yeux une trajectoire que seul le hasard associé aux lois de la physique pourrait prédire. Quand, sur son chemin, elle embarque quelques poussières. Mais qui n’a pas un jour observé une goutte d’eau sur un pare-brise comme sur une paroi d’abris-bus. Si loin des centres d’art ou biennales qui se doivent, au travers de leurs curateurs et artistes, de nous réapprendre à observer le monde tel qu’il est pour mieux continuer d’en inventer les histoires de quelques possibles devenirs.

Exposition Les faits du hasard de Gilles Alvarez et José-Manuel Gonçalvès, du 9 décembre 2017 au 4 mars 2018 au Centquatre dans le cadre de Némo, Biennale internationale des arts numériques – Paris / Île-de-France produite par Arcadi.

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