La somme de nos regards expirés

Cécile Beau, “Sillage”, 2008, en collaboration avec Nicolas Montgermont.

Les séismes, depuis toujours, préoccupent les hommes qui en dressent méthodiquement les relevés dont les plus anciens datent du huitième millénaire av. J.-C. Lorsque la terre a tremblé le 12 mars 2008 au Chili à 15h12, les machines se sont activées pour mesurer, avant de les archiver, ces précieuses données cataclysmiques. Cela, sans savoir qu’un jour, quelqu’un les exploiterait à d’autres fins. Ainsi, dans l’exposition intitulée “Subfaciem” qui se tient actuellement dans le cadre des Modules du Palais de Tokyo, elles ré-émergent. C’est là, précisément, que Cécile beau, en collaboration avec Nicolas Montgermont, modélise le frémissement passé de la croûte terrestre chilienne. Les ondulations, à la surface de “Sillage”, témoignent durant 18 minutes de ce qui s’est passé ailleurs. « Ça a été » semble nous dire l’artiste, sans s’y être pour autant rendu, au travers d’une œuvre que l’on pourrait aisément qualifier de cinétique. Derrière cette pièce connectée au passé d’un ailleurs, il y a “Sablier”, un autre dispositif de Cécile Beau, mais en deux parties cette fois. L’une part du plafond, l’autre pousse depuis le sol. Faites de glace, elles ne peuvent que se rejoindre, mais quand ? Alors elle s’approche l’une de l’autre au rythme de nos regards expirés. Car ce sont bien les regardeurs qui font “Sablier” en expirant la vapeur d’eau que l’œuvre archive en des strates successives qui nous rassemblent tous. Avant qu’elle ne disparaisse, car la glace dont elle est constituée fondera inévitablement après l’exposition.

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