Conversations Electroniques

13_10_28

Matthias Gommel, Delayed, 2002.

La ville de Montpelier vient de se doter d’un nouveau centre d’art. Nommé La Panacée, il est dédié aux cultures contemporaines. Et son directeur Franck Bauchard de s’adresser au public au travers du thème de sa première saison : « Vous avez un message ». A l’entrée de l’exposition “Conversations Electroniques” qui inaugure le lieu : une installation alimentée en temps réel par les messages ou tweets que l’on s’échange en forum ou en chat. Les 231 afficheurs à diodes électroluminescentes qui composent “Listening Post” (2003) de Mark Hansen et Ben Rubin placent les spectateurs en situation d’observer le monde. Au point qu’ils s’abandonnent aux flux émotionnels de mots scandés par une voix de synthèse ignorant toute forme de censure. Quand seule la surabondance des messages nous en prive l’accès ! Il n’est point d’innovation, depuis l’invention du téléphone par Graham Bell, qui n’ait généré son lot d’œuvres communicationnelles (de John Cage à Yoko Ono, en passant par Jan Dibbets ou Bill Viola). Or c’est précisément sur ces multitudes de détournement que porte l’exposition de Montpelier qui en annonce d’autres.

Le problème, avec les artistes qui mettent nos échanges en scène au travers des technologies de leur temps, c’est que leurs dispositifs disparaissent parfois avec les technologies elles-mêmes. Alors, ce sont les documentations qui font œuvres à leur tour. C’est précisément le cas pour la performance “Hole in Space” que Kit Galloway et Sherrie Rabinowitz ont donnée pendant trois soirées entre New York et Los Angeles. Dans le centre d’art, deux projections vidéo synchrones se font face. L’une témoigne de ce qui s’est passé au Lincoln Center of the Performing Arts de New York alors que le Centre commercial du Century City de Los Angeles constitue le cadre de l’autre. Les passants, en novembre 1980, n’avaient pas été informés quant à l’émergence de cette liaison satellite temporaire. Alors on se toise du regard, de part et d’autre des Etats-Unis, puis on échange, des blagues, des avis, l’un chante, les autres applaudissent et on rit. « La communication, selon Gene Youngblood, avait laissé place à la conversation créative ».

Delayed”, de Matthias Gommel, compte parmi les quelques dispositifs participatifs de l’exposition “Conversations Electroniques” regroupant une vingtaine de pièces. Les deux casques audio équipés de microphones invitent le public à s’en saisir. Mais le délai de quelques secondes entre le son émis par l’un et sa perception par l’autre écourte la plupart des échanges. Car il faudrait accepter le silence pour que la conversation prenne tout son sens. Ce délai n’est pas sans évoquer les recherches d’artistes tel Dan Graham dont on retrouvera quelques travaux dans les expositions à venir de ce nouveau lieu, La Panacée de Montpelier.

Article rédigé pour artpress.

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