System Failure

16_02_06

François Ronsiaux, IP United Land, 2012.

Il y a actuellement au Cube d’Issy-les-Moulineaux une exposition qui met en lumière les échecs de nos systèmes à l’ère globale. Son titre, “System Failure”, fait clairement référence aux disfonctionnements des machines alors que les œuvres qui y sont présentées évoquent davantage les responsabilités qui sont les nôtres quant à l’humanité toute entière. Deux visions du monde, ou du désastre, c’est selon, cohabitent ainsi dans le travail de François Ronsiaux. Il y a celle intitulée “United Land” qui nous confronte à des villes englouties. Et l’on comprend, en les reconnaissant, qu’il s’agit d’une œuvre d’anticipation alors que les distances qui les séparent nous indiquent l’aspect planétaire de l’inondation dont il est question. Or il n’est pas un fragment dans ces images nous alertant quant aux possibles conséquences d’un réchauffement climatique déjà initié qui n’ait été capturé par François Ronsiaux. Tout au plus, ces fragments se seraient hybridés les uns avec les autres dans sa machine. On mesure l’attachement que l’on porte aux sites emblématiques que François Ronsiaux a engloutis, sans même les avoir nécessairement explorés un jour, au fur et à mesure qu’ils s’offrent à nous, totalement désertés et tout particulièrement silencieux. Les caractères I et P du titre de son autre série “IP United Land” désignent la théorie de l’Inversion des Pôles que redoutent quelques scientifiques depuis que l’un d’entre eux, Bernard Brunhes, en a émis l’hypothèse dès 1905. Le niveau de l’eau, toujours selon l’artiste, se serait élevé au point de recouvrir toutes nos villes. Et il n’en resterait que les parties supérieures de quelques tours dont on reconnaît encore une fois les architectures pour les plus emblématiques d’entre elles. Le reste du monde, si l’on considère la “Survival Map” dressée en 2012 par l’artiste qui initiait ainsi simultanément les deux séries de photographies, ne serait constitué que d’eau ou de glace selon les températures extérieures. Et les frontières que des générations se succédant se seraient efforcées de maintenir, ou de franchir au prix exorbitant de leurs vies, auraient enfin disparu !

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Vols Indirects

16_01_23

Joe Hamilton, Indirect Flights, 2015.

La soixante-sixième édition de l’exposition Jeune Création se termine tout prochainement. Or il est intéressant, à l’heure du bilan, de remarquer que c’est la galerie Thaddaeus Ropac qui l’a accueillie cette année sur son site de Pantin ayant les allures d’un centre d’art. Car il n’est guère fréquent qu’une telle galerie, à ce point repérable sur le marché de l’art à l’international, participe à organiser un tel événement dédié aux artistes émergents. Et parmi les autres partenaires, on remarque le Sudio XPO initiée par Philippe Riss qui inaugure là le prix du Postdigital, une tendance visant à rematérialiser les pratiques numériques de l’immatériel dans le White Cube de l’art contemporain. Ce que Kevin Cadinot  et Caroline Delieutraz poursuivent en ligne avec le projet associé White Screen dans sa seconde version. Les cultures numériques sont donc à l’honneur à la croisée de l’art et des pratiques émergentes. Comme elles le sont depuis peu à la Maison Populaire de Montreuil au sein de l’exposition Simulacre de la saison “Comment bâtir un univers qui ne s’effondre pas deux jours plus tard” des curateurs en résidence Marie Koch et Vladimir Demoule. Il est un artiste dont le travail est simultanément présenté à Pantin et à Montreuil pour se poursuivre en ligne, c’est celui de Joe Hamilton. L’artiste australien a conçu et réalisé Indirect Flights en de multiples versions. Dans tous les cas, le public fait face à un collage de l’hybride sans début ni fin. C’est un univers de textures dont la planéité cohabite avec la profondeur. Cartes, matériaux, entre autres fragments, glissent les uns au-dessus des autres sans jamais entrer en collision car ils ont été déposés à diverses altitudes par l’artiste. Les “vols” des spectateurs sont inévitablement “indirects” comme le sont les voyages sans destination précise. Indirect Flights  est un périple dont on ne connaît que l’heure du départ.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Prosopopées

15_12_06

 

André & Michel Decosterd, Nyloïd, 2013 – Michel de Broin, Bleed, 2009 –
Charbel-Joseph H. Boutros, My Answer to Ecology #2, 2011, Aurélien Bory, Sans Objet, 2015.

La Biennale Internationale des Arts Numériques Némo, initiée par Gilles Alvarez, vit actuellement son apogée avec l’exposition “Prosopopée” accueillie par le Centquatre dirigé par José-Manuel Goncalves. Là précisément où des objets, allant du minuscule au monumental, s’animent au travers d’une trentaine d’installations aux formes les plus diverses. Lors du vernissage, André et Michel Decosterd ont tenté de contrôler “Nyloïd”, une œuvre aux allures de sculpture cinétique et sonore qui se présente sous la forme d’un tripode. L’objet que relient de longues tiges est au centre de toutes les tensions, de toutes les attentions. Quand les artistes n’en contrôlent que partiellement les mouvements qui font son. Les trois forces en présence nous disent leur incapacité à s’accorder. Elles nous renvoient, possiblement, au trois blocs en guerres perpétuelles que décrit George Orwell en 1949 dans son roman “Nineteen Eighty-Four”.

Un étage en dessous, il y a un appartement où les objets sont littéralement livrés à eux-mêmes. Pour le meilleur comme pour le pire ! La perceuse habillement déposée par Michel de Broin saigne si l’on en croit le cartel qui la nomme : “Bleed”. Percée à de multiples reprises par la mèche même qu’elle enserre, elle n’est plus que fontaine. En s’automutilant, elle a converti sa valeur d’usage en valeur d’art. Désormais inutile en atelier, elle siège sur le socle qui participe grandement à la décontextualiser. Dans l’appartement fou, il y a aussi l’anti COP 21 absolu. Car l’installation “My Answer to Ecology #2” assemble un radiateur qui réchauffe l’intérieur d’un réfrigérateur dont la porte a été laissée grande ouverte par l’artiste Charbel-Joseph H. Boutros. Une œuvre, par conséquent, que l’on devrait interdire bien qu’elle illustre parfaitement les tensions internes qui nous animent. Quand notre désir de confort est aussi fort, ou presque, que notre volonté d’agir pour le climat. Quand l’habitat personnel, ou même l’habitacle, l’emporte sur la planète que tous nous habitons collectivement. Quand nous savons les efforts qu’il nous reste à fournir pour nous extraire des situations ubuesques que nos prédécesseurs ont su installer. Pour la survie des générations futures.

Enfin, il y a un robot dans l’atelier 4. Un robot que jamais le public ne verra véritablement car il est recouvert d’une membrane de plastique dont la noirceur rappelle nos sacs poubelles. Un robot que l’on devine pourtant aux sons que l’installation performative “Sans Objet” du chorégraphe Aurélien Bory émet. Elle partage, avec les autres pièces de l’exposition “Prosopopée”, une forme d’efficacité artistique car de ce presque rien, si l’on omet la perfection de la chorégraphie, renaissent tous les fantômes qui peuplent les vieilles demeures de nos rêves contemporains. Ils sont aussi majestueusement extravagants, que craintifs donc fuyants. Les adjectifs ne manquent pas aux spectateurs qui les qualifient. Car ce sont bien les spectateurs qui, actuellement au Centquatre plus qu’ailleurs, font œuvres de leurs commentaires lorsqu’ils personnifient les pièces qui leur sont au plus proches.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

CO-WORKERS

15_11_29

CO-WORKERS, Le réseau comme artiste, du 9 octobre au 31 janvier 2015.

CO-WORKERS est une exposition dont le titre évoque le partage des espaces comme des tâches conséquent à la multiplication des usages numériques qui sont les nôtres. L’exposition est présentée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, précisément là où en 1983 Franck Popper problématisait déjà “L’électricité et l’électronique dans l’art au XXe siècle” au travers d’une exposition intitulée ELEKTRA. Depuis, les artistes n’ont cessé d’investir le réseau et c’est le Jeu de Paume qui en fait davantage l’écho avec son Espace Virtuel. Car les œuvres que la curatrice Angeline Scherf a rassemblées au MAM ont davantage été “extraites” de l’Internet. “Le réseau comme artiste”, nous dit la base line de son exposition, y est envisagé selon ses possibles rematérialisations adéquates avec l’aspect white cube des institutions muséales. Il est intéressant, à ce propos, de remarquer qu’il y a un étage plus bas une autre exposition intégralement dédiée à l’artiste américain Andy Warhol. Car ces deux événements documentent diversement deux périodes historiques via les expressions de leurs cultures populaires. L’identité visuelle de l’époque warholienne étant davantage graphique alors que celle du monde que nous vivons est des plus photographique. Les fragments de réel qui parcourent l’exposition CO-WORKERS n’ont généralement pas été capturés par les artistes, émergents pour la majorité d’entre eux, qui se les ont appropriés comme savait le faire Marcel Duchamp, convoqué par le duo Nøne Futbol Club reproduisant sa Tonsure (1921) sur le crane de l’ancien joueur de l’équipe de France Djibril Cissé. Les cultures de l’Internet ne sont-elles pas aujourd’hui plus populaires encore que ne le sont celles du football ? Mais revenons aux images et notamment à celles de DIS à qui la scénographie d’exposition a été confiée. Et à leur inquiétante étrangeté qui, toutefois, ne parvient pas à les “extraire’ d’un monde aseptisé, par trop lisse, car façonné par les départements marketing des agences de communication internationales. Quand toutes les œuvres de cette exposition nous offrent autant de clefs de lecture de nos sociétés rythmées par un Internet aussi participatif que mondialisant.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Ma Nuit Blanche

15_10_04

Anish Kapoor, Ascension, 2015 – Félicie d’Estienne d’Orves & Julie Rousse, EXO, 2015.

A la Nuit Blanche, il faut accepter de se perdre pour découvrir, parfois au prix d’interminables files d’attente, quelques lieux improbables et/ou œuvres d’exception.

En collaboration avec la Galleria Continua et l’invitation de José-Manuel Gonçalvès, directeur du Centquatre et curateur de cette quatorzième Nuit Blanche, Anish Kapoor a reconstitué artificiellement une tornade qui semble annoncer la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris à la fin de l’année. Mais il convient, pour en faire l’expérience, de circuler dans un long couloir en spirale qui fait partie intégrante du dispositif, de l’appareil la faisant émerger. On comprend alors que le souffle qui nous a accompagné génère la tornade intitulée Ascension par l’artiste. Elle est d’une fragilité extrême. S’en approcher c’est la perturber. Quand vouloir vérifier son immatérialité revient à la détruire. La fragilité de ce phénomène météorologique reconstitué est à la mesure de celle du climat que nous devons tous reconsidérer. Mais l’œuvre d’Anish Kapoor est aussi porteuse d’espoir quand, naturellement, elle se reconstitue. Comme si les actions des visiteurs précédents étaient toutes possiblement “réversibles”.

Proche du Centquatre, il y a l’embarcadère qui permet de se rendre à Aubervilliers où Félicie d’Estienne d’Orves & Julie Rousse nous encouragent, quant à elles, à reconsidérer la taille de notre planète en nous projetant aux confins de la galaxie. EXO, c’est le titre de leur installation sono-lumineuse, compte parmi les œuvres ou événements que Gilles Alvarez a su fédérer avec la Biennale Internationale des Arts Numériques dont il est à l’initiative. Le public est confortablement allongé sur des transats pour contempler un laser de forte puissance qui se réfléchit alternativement sur deux surfaces contrôlées numériquement pour retracer les vecteurs qui mènent à de lointaines étoiles. Un écran LED nous donne les distances en années lumière qui nous séparent de leurs lueurs passées. Et il en est, inévitablement, qui ne brillent plus au moment où la machine les nomme tout en les réactivant !

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Les Nouveaux chercheurs d’or

 

15_05_26

 

Émilie Brout & Maxime Marion, Return of the Broken Screens, –2015.

Les Nouveaux chercheurs d’or – c’est le titre de l’exposition actuelle d’Émilie Brout et Maxime Marion à la galerie la 22,48 m2 – scrutent aujourd’hui l’Internet avec autant de ferveur que les orpailleurs d’antan inspectaient leur batée. Car c’est en réseau, depuis qu’il a émergé, que les fortunes se font et se défont et c’est encore en réseau que les artistes contemporains s’inspirent. Aux frontières de la photographie vernaculaire (Ghosts of your Souvenir), ils ont performé par la présence pendant des heures sur des sites résolument touristiques. Puis, durant des semaines, ils ont enquêté sur les sites de partage d’images pour s’y retrouver à l’arrière de ceux qui tiennent la pose. Mais revenons à l’or dont ils ne cherchent en ligne que des représentations factices au travers d’échantillons gratuits. Avant, lorsqu’ils parviennent à se faire livrer, de les encadrer (Les Nouveaux chercheurs d’or) avec les informations textuelles de leurs traçabilités. La pratique de Duchamp, ici, a été adaptée à l’époque car il convient à Miami comme à Basel que les œuvres scintillent. Il y a, dans toutes les pièces des deux artistes, une part critique qui les mène à vendre une vidéo générative (Regulus) à la coupe, c’est à dire à la seconde ou à l’image même. Celle-ci, des plus hypnotique, n’est constituée que d’images dont on devine encore la provenance. Mais elles ont en commun de contenir le cercle, le disque ou la sphère symbolisant la plus étincelante des étoiles de la constellation du Lion. Enfin, il y a les écrans endommagés qu’Émilie Brout et Maxime Marion récupèrent sur des sites de vente en ligne et dont on ne parvient à déceler la part factice des failles que l’on observe (Return of the Broken Screens). Car les séquences qu’ils affichent ont été spécifiquement conçues pour les extirper de la gigantesque décharge de nos déchets contemporains.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Au Salon de Montrouge

15_05_21

Julien Borrel, La Vaisselle, 2013.

Le Salon de Montrouge, avec ces soixante artistes émergents, compte parmi les temps fort de l’année en terme d’art contemporain. Placé sous la responsabilité artistique de Stéphane Corréard depuis 2011, l’événement a été initié en 1955. L’usage des transistors se généralisant, les ordinateurs devenaient alors “plus fiables”. Mais le monde a changé et ce qui compte aujourd’hui bien plus que les machines, ce sont les data, en économie comme en art. Or cette année, la scénographie du salon s’articule autour d’un centre intitulé “Aftermath” et regroupant les artistes lauréats des Bourses Ekimetrics, une entreprise spécialisée dans le traitement des données. Deux curateurs, Emilie Bouzige, et Alexis Jakubowicz connu pour son travail mêlant art et information au sein de Non Printing Character, y présentent les œuvres d’un duo et de quatre artistes dont Julien Borrel. Ce dernier est notamment l’auteur d’une séquence vidéo intitulée “La Vaisselle” où la manipulation, face caméra, d’assiettes et de verres permet, par l’absurde, d’évoquer la numérisation du monde jusque dans notre quotidien. Cette séquence, évidemment numérique, n’est pas sans rappeler l’énumération, toujours face caméra, que fait Martha Rosler en 1975 dans “Semiotics of the Kitchen”. Car les artistes, à l’ère de l’autodiffusion, n’en ont pas fini avec l’autofilmage. Le ton, dans les deux séquences, est extrêmement sérieux. Ce qui a pour effet d’amplifier la part d’absurde de ces deux œuvres participant d’une forme de poésie du banal. Ajoutons, concernant l’œuvre de Julien Borrel, qu’elle se situe aussi à la croisée des arts et des sciences, un corpus d’une richesse absolue pour les artistes dont les questionnements portent sur le temps présent.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Surface Proxy

15_05_01

Clement Valla, Saint Barbara, 2015, Courtesy Xpo Gallery.

« Le baroque, nous dit Gilles Deleuze dans Le Pli publié en 1988 aux éditions de Minuit (p. 164), se reconnaît d’abord au modèle textile tel que le suggère la matière vêtue : il faut déjà que le tissu, le vêtement, libère ses propres plis de leur habituelle subordination au corps fini ». Or, c’est précisément d’une forme d’émancipation des textures, par les tissus comme par les plis, dont il est question dans l’exposition résolument baroque Surface Proxy de Clement Valla à la XPO. Car l’artiste a littéralement dissocié les reconstitutions de fragments architecturaux de leurs textures originelles. Pour qu’enfin, amplement, les textures soient repliées sur les corps sans peau de ces mêmes fragments provenant de divers monuments historiques français. Mais c’est aux Etats-Unis, où il réside, que Clement Valla en a pris les mesures par la photographie au sein de quelques collections muséales permanentes pour en recréer les modèles en trois dimensions. Avec la multitude d’images qu’il a capturée, il a aussi généré des textures qui, dépliées, nous livrent leurs plis en devenir. Equipé d’épingles, comme le sont les stylistes, c’est à Paris, capitale de la mode, qu’il a habillé ses modèles d’un autre temps. Les textures, dans les machines, sont généralement dissociées des modèles qu’elles finissent toujours par plaquer. Mais il n’y a définitivement rien de virtuel dans ce qui nous est présenté rue Notre Dame de Nazareth. Ou quand les technologies du virtuel sont au service d’une forme de dématérialisation, ailleurs et autrement, d’un monde que l’on se doit d’envisager “sous toutes ses coutures” et selon toutes ses dimensions, sans omettre ses diversités.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Occur

15_04_14

Quentin Destieu, Sylvain Huguet, La Refonte, 2014.

Dans sa galerie dont la surface de 22,48 m2 est connue de tous, Rosario Caltabiano vient d’inaugurer l’exposition Occur. Cette carte blanche offerte au collectif Otto-Prod basé à Marseille regroupe les œuvres de sept artistes dont celle intitulée La Refonte de 2014, une inquiétante proposition du duo Dardex que forment Quentin Destieu et Sylvain Huguet qui sont aussi les organisateurs du festival Gamerz d’Aix-en-Provence. Une proposition inquiétante à plusieurs égards puisqu’on identifie instantanément des armes blanches dont la finition serait celle d’un autre âge. Mais de quoi s’agit-il exactement ? La connaissance de la composition de ces quelques haches, couteaux entre autres pointes de flèche nous donne quelques éléments de réponse qui augmentent l’aspect inquiétant de la proposition artistique reliant l’âge de bronze à l’ère électronique. Car l’alliage, avant “refonte”, est issu des déchets électroniques que nous produisons en grande quantité. Faudrait-il, au travers de cet acte résolument symbolique, redouter l’amnésie des humains en recherche inconsciente de la part primitive qui tous nous habite ? Quand des théoriciens du monde entier s’interrogent sur l’anthropocène, l’époque géologique désignant notre action sur la biosphère qui aurait commencé avec les premières machines à vapeur. Mais les dardex ont un autre projet allant plus loin encore dans la représentation de l’après d’un possible chaos. Un projet plus récent car datant de 2015 et intitulé Gold Revolution en référence à la Digital Revolution que nous n’avons pas fini de célébrer. L’œuvre, portée par un désir de rematérialisation du monde, se présente sous la forme d’un mini laboratoire dédié à la récupération de la part d’or de nos déchets informatiques, loin, si loin, de l’apparente immatérialité du cloud !

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Home Cinema

15_03_27

Bertrand Planes Blue Screens, 2015 – Julien Maire, Formal Fiction, 2014 –
Emilie Brout & Maxime Marion, Hold-On, 2012-2013 – Laure Milena & Raphaël Elig, Memory, 2013.

La Maison des Arts de Créteil vient tout juste d’inaugurer l’exposition Home Cinema du festival Exit qui se terminera le 5 avril prochain. Le public, à l’entrée de la MAC, est accueilli par l’installation multi écrans Blue Screens conçue par Bertrand Planes. Par son titre, elle évoque autant l’écran de démarrage de Windows lorsque l’application nous suggère quelques solutions, que le domaine des effets visuels des truquistes qui pratiquent l’incrustation. La mosaïque de ciels, elle, nous renvoie à l’enfance. A la nôtre, quand nous cherchions à décrypter des représentations dans les nuages transportés par les vents. A celle des cultures numériques que les premières générations de PC, entre autres consoles, ont démocratisé dans les années 80. Car aux nuages captés par Bertrand Plane, la machine associe les signes d’une histoire écrite par des ingénieurs comme par des artistes.

Dans l’exposition du festival Exit, il est essentiellement question de cinémas dont la pluralité se conjugue avec les technologies émergentes. L’installation Formal Fiction de Julien Maire nous renvoie aux prémices animées d’un cinéma qui, plus tard, allait se découvrir une troisième dimension. Une boucle vidéo projetée représente un travailleur dont les gestes auraient été capturés avant d’être prototypés. Car ce sont bien de minuscules figurines qui, les unes après les autres, défilent dans un projecteur semblable à ceux qui nous servaient hier à projeter des diapositives Kodachrome.

Ce sont donc des allers-retours que nous propose Charles Carcopino, le curator de l’exposition Home Cinema. Sans omettre les formes amateurs de cinémas faits ou projetés “à la maison” comme c’est le cas avec Memory de Laure Milena et Raphaël Elig. Ensemble, ils ont collecté les souvenirs d’autrui pour les assembler au sein d’un dispositif proposant aux spectateurs de les éditer ou de les flouter, entre autres effets. Car les souvenirs, dans notre mémoire, lentement s’altèrent. La chronologie des actions passées évolue alors que le flou peuple nos rêves où la couleur a disparu.

Citons enfin, parmi la multitude de propositions mêlant les cinémas d’hier et l’art contemporain, celle du duo composé d’Emilie Brout et Maxime Marion : Hold-On. Leur installation nous rappelle que c’est l’industrie du jeu vidéo qui s’est accaparé l’interactivité, tant celle qui consiste à choisir les caméras que celle agissant sur la narration. Car nous jouissons enfin de la possibilité de contrôler des films d’auteur avec, seulement, une manette de jeu et quelques rares boutons. La frénésie inhérente aux enchaînements propres au jeu vidéo associés à l’esthétique de grands réalisateurs offre une expérience unique. Car il est une fois encore des œuvres qui se vivent plutôt qu’elles ne s’analysent. Il ne reste très précisément que neuf jours pour se rendre à Créteil !

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire