Pleureuses

16_12_01

Samuel Bianchini, Pleureuses, 2016.

La Crypte de d’Orsay est actuellement le théâtre d’étranges manifestations : des Pleureuses, sur trois grands verres, apparaissent au public depuis le 17 novembre dernier. Elles font écho à cette “profession“ dont les origines remontent à l’Antiquité et que, ici et là dans le monde, quelques femmes perpétuent en pleurant pour celles ou ceux qui n’en ont pas ou plus le goût. Accrochés au plafond du soubassement d’une chapelle sépulcrale devenue espace d’exposition, des gouteurs de verre, littéralement, pleurent sur les plaques transparentes et inclinées que l’artiste Samuel Bianchini a préparées en collaboration avec le chercheur Pascal Viel du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives). Les surfaces, au-delà des dessins, sont “hydrophobiques“. C’est ainsi que les spectateurs, au prix de quelques contorsions, y lisent les silhouettes de celles qui pleurent sur commande là où l’artiste l’a prédéterminé. Leur présence, à toutes les trois, est des plus incertaine puisque l’énergie que se transmettent les gouttes de leurs formes les fragilise en constance. Jusqu’à l’augmentation de la flaque immobile que contiennent les composantes horizontales des œuvres. Les Pleureuses peuvent ainsi être qualifiées d’œuvres cinétiques dans la mesure où elles sont sans cesse animées de micromouvements. Ce sont aussi les spectateurs qui, dans leurs déplacements, les font apparaître selon les lumières en les extirpant de l’invisible. Quant à la “profession” qu’elles évoquent, elle nous dit l’extrême diversité de nos gestions des émotions selon les temps, dans l’histoire, comme les lieux, en ce monde qui serait moins global qu’il n’y paraît. A moins que l’on considère notre capacité à toutes et tous ou presque, et depuis si longtemps, à simuler nos tristesses et nos joies. Aujourd’hui peut-être plus encore que jamais à l’observation de nos vies théâtralisées sur les réseaux sociaux de l’Internet. Là précisément d’où proviennent les silhouettes de celles qui pleurent à Orsay pour le plus grand bonheur des visiteurs.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

In memory of me

16_11_01

Stéphane Simon, In memory of me, 2016.

Après l’avoir tant proclamé, ces dernières décennies, nous le savons aujourd’hui, le digital est transversal à l’art, à la société, aux sciences, à l’industrie et au politique car, tout simplement, il est omniprésent. Les disciplines artistiques, toutes sans exception aucune, ont été révolutionnées les unes après les autres par des techniques ou technologies émergeant du numérique. Les artistes du son, très tôt, ont intégré l’électricité, puis l’électronique et enfin le code, dans le jeu comme dans la conception de leurs instruments réels ou virtuels. Et que dire des images, fixes ou animées et de toute nature qu’une industrie créative n’a cessé de reconsidérer dans son approche. Plus récemment, le temps est arrivé pour la sculpture d’être contaminée par le médium numérique dont on sait les capacités illimitées d’hybridation quant aux médias ou supports qu’il investit durablement. Les départements recherche et développement conçoivent des matériaux ou textures que de nombreux artistes convoitent et que certains s’approprient. Des machines à commandes numériques semblables à celle de l’industrie ont investi les ateliers d’artistes aux process industriels. A l’ère où toutes et tous ou presque, nous pourrions imprimer bien des objets de notre quotidien. Un quotidien que l’on le pourrait plus envisager sans smartphone, ce cordon de l’intime qui nous relie au “reste” du monde, c’est-à-dire à nos communautés. Or, c’est précisément là que se profile le travail de Stéphane Simon, dans ce rapport au monde, à l’autre et à soi qu’un objet du creux de la main a profondément modifié. Depuis quelque temps, toutes et tous, ou presque, nous sommes en capacité de capturer le monde. Mais, retournant l’appareil contre soi, nous sommes passés du “Ça a été” de Roland Barthes à l’amour que, déjà Narcisse portait à lui même.

Le digital, avec “In memory of me” est ainsi omniprésent, du sujet au process et en entrée comme en sortie. Car le modèle est “entré” dans la machine par la capture, l’analyse et la modélisation, en trois dimensions. Avant qu’une autre machine, à contrôle numérique celle-là aussi, ne fasse œuvre de cet amour que nous portons à nous-mêmes au travers d’une gestualité retournée contre soi. Une gestualité des plus contrôlée et étudiée dans ses moindres détails par les sociologues qui envisagent la société au travers de nos interactions via les médias sociaux. L’homme nu sculpté par Stéphane Simon, dans son idéal de perfection, nous revoie à la statuaire grecque alors que ses gestes convoquent les efforts immodérés que, toutes et tous ou presque, nous produisons pour réécrire en constance notre histoire comme le font les dictateurs dont on sait le narcissisme. L’acte de se mettre en scène, en cette société du spectacle et du tout numérique, étant inévitablement et au-delà du social, de l’ordre du politique. Quant à la pérennité de ces mêmes images qui, le croit-on, nous caractérisent si bien, elle est loin d’être assurée puisqu’elles se remplacent les unes les autres à des fréquences qui varient selon les âges. D’où la nécessité d’en dresser, par la matérialisation, une typologie. Pour que jamais nous n’oubliions dans le futur, dont on ne sait les usages qu’il nous réserve, à quel point nous nous sommes tant aimés.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Panorama 18

16_10_09

Baptiste Rabichon, Elle (détail), 2016 – Paul Heintz, De Façade, 2016 – Mathilde Lavenne,
Artefact #o / Digital Necrophony, 2016 – Mathias Isouard,Tension dissonante #, 2016.

Au soir de l’inauguration de l’exposition annuelle des artistes émergents ou reconnus du Fresnoy, Alain Fleischer est entouré de ses amis, à commencer par son Monsieur cinéma, Dominique Païni, sans omettre les futurs curateurs des Panoramas, Jean de Loisy, et José-Manuel Gonçalvès. Aussi, on pense aux nuits blanches. Mais Laurent Le Bon, le commissaire de cette dix-huitième exposition Panorama le sait, la tâche est particulière puisqu’il n’a choisi ni les artistes ni les œuvres. Ainsi, avec une radicalité extrême, il a décidé de ne pas donner de thème particulier en se saisissant du nom de l’événement pour en faire titre, Panorama 18, comme sur le catalogue de cette exposition où émergence et excellence s’accordent à merveille.

Dans cette école de centre d’art mêlant les pratiques de l’image et du son à l’ère numérique, le cinéma, n’est jamais très loin. Comme c’est le cas dans les expérimentations par l’image de Baptiste Rabichon qui s’est confronté aux décors extérieurs des bords de mer en fabriquant lui-même son appareil, une caravane dont il a fait camera obscura. Comme au cinéma, il a anticipé sa capture en déployant, sur le rivage, la grande image en négatif d’une présence. A l’étrange étrangeté de cette marine photographique s’ajoute par conséquent la présence par l’image de celle qui, peut-être, jamais n’est venue.

Le cinéma, encore, avec le décor sans début ni fin d’une façade qui se déploie sous nos yeux. L’appareil a été conçu par Paul Heintz. On qualifie, en architecture, une façade de “rideau” lorsque celle-ci n’est que décor, donc non “porteuse”. Mais dans Paris, elle existe cette architecture et très précisément au 145 de la rue La Fayette. Quand nul ne sait ce qu’elle dissimule. Car personne, derrière cette façade, ni ne travail ni n’habite comme c’est le cas pour les villes fantômes que les décorateurs reconstituent ou imaginent avant de les mettre aux services de quelques narrations. C’est donc l’idée, le concept d’une façade, que l’artiste nous présente. Aussi, elle n’a ni début ni fin.

Une tôle métallique que l’on froisse et, au théâtre comme au cinéma, c’est un orage qui s’annonce. Mais que nous annonce cette feuille d’aluminium de grande taille que Mathias Isouard a suspendue dans l’espace de ce qui fut autrefois un dancing résonnant aux sons des instruments l’habitant ? En mode performance, elle n’annonce rien d’autre qu’elle-même. Car l’artiste l’anime des vibrations qui la traversent et participent de la composition musicale que ce dernier a écrite. Littéralement, elle danse au rythme des sons qu’elle extirpe des tréfonds de l’agitation des atomes qui la constituent.

L’industrie cinématographique, comme l’industrie musicale, est aussi affaire d’innovations se succédant. Aussi, Mathilde Lavenne en réactive une avec son dispositif ayant l’allure du phonographe inventé par Thomas Edison en 1877. Une invention qui, au début du siècle dernier, déclenchait déjà les hostilités dont celle d’un certain John Philip Sousa. Ce dernier considérant que ces “machines parlantes” allaient « ruiner le développement artistique de la musique ». C’était en 1906 et déjà la reproductibilité des œuvres d’art faisait débat. Aujourd’hui, c’est du numérique dont on débat, dans la société comme dans l’art. Et Mathilde Lavenne de nous interpeller : « Existe-t-il un Au-delà numérique ? ». Panorama 18, avec sa cinquantaine d’artistes présentés, nous propose autant d’œuvres ou points de vue sur ce qui pourrait être l’art d’un “au-delà du numérique”.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

A Day’s Pleasure

16_09_10

Jérémy Gobé, A Day’s Pleasure, en collaboration avec Christian Laroche, 2014-2016.

Dans une relative obscurité, il y a cette chaise et elle est seule. Car c’est elle, cette fois-ci, qui a eu raison de celui qui en envisageait l’usage. Chaplin, en d’autres temps, s’en serait débarrassé en la passant par dessus bord à l’occasion du film A Day’s Pleasure. Mais qui ne s’est jamais acharné contre une chaise longue pliante dont on ne saisira jamais véritablement le confort d’utilisation ? L’artiste français Jérémy Gobé, en collaboration avec Christian Laroche, a donc décidé d’en accepter les caprices en la libérant enfin de ses possibles utilisatrices ou utilisateurs obstinés. Enfin seule, elle performe sous la lumière qui la magnifie. Quand le silence n’est rompu que par les sons inhérents à ses mouvements de balancier. Sans humain aucun, elle a perdu sa valeur d’usage au moment précisément où elle a fait œuvre de son autonomie. Libérée des poids qui la contraignaient, elle semble même échapper à toute forme de gravité. L’extrême souplesse de ses ondulations répondant aux contrepoids machiniques qui l’animent. Quand elle n‘est plus que légèreté et souplesse. Et que le tissu de ses voiles claque au vent de ses déplacements qui nous apparaissent totalement imprévisibles. Sa non prédictibilité constituant la qualité essentielle que jamais elle n’aura perdu. Ce qui, le temps d’une scène, exaspéra au plus haut point le personnage de Chaplin, aujourd’hui fait donc œuvre. Les temps modernes étant aussi ceux de la libération des objets qui, sans cesse, s’autonomisent davantage. Au risque, parfois, de nous exaspérer encore quand ils finissent par nous contraindre. A moins de renoncer comme le fait Chaplin en 1919, de se déconnecter si tant est qu’on puisse encore le faire. Et c’est peut-être là la part critique de l’œuvre robotique de Jérémy Gobé qui nous incite au lâcher prise que redoutent les entreprises de la prédictibilité. La chaise longue qui performera pendant la Nuit Blanche 2016 n’étant ni maître ni esclave.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Visual System

16_06_01

Visual System, Talk, 2016.

Les membres de Visual System sont des artistes de la couleur pure. Et c’est au travers de la lumière qu’ils élaborent des fictions sans échelle aucune. Se positionnant aux frontières de l’art et du design, leurs références sont aussi cinématographiques qu’architecturales. La géométrie est au centre des langages que leurs installations extirpent de l’invisible. Les couleurs, dans leurs dispositifs, ne se mêlent en d’infinies transitions qu’à la lisière des entités qu’elles définissent et répètent en motifs dans l’espace comme dans le temps. Ces mêmes entités communiquent entre elles en initiant des flux évoquant ceux d’un Internet global dont on sait, dans la durée, la variabilité des échanges, donc des contours et des formes. Le temps, chez Visual System, nous apparaît comme étiré tant notre expérience de l’œuvre est hypnotique. Quant à la variabilité des échelles, elle nous place au dedans comme au dehors des fragments de micro ou macrocosmes aux extensions tentaculaires qu’un art du mouvement détermine. Sans omettre la part sonore de la pratique de Visual System. Car les sons ne sont envisagés qu’avec, ou plutôt conséquemment aux lumières donc aux images abstraites avec lesquelles ils partagent les temporalités d’un éphémère de l’extrême. Le concept d’immédiateté caractérise la relation que – bien au-delà du cognitif – nous entretenons naturellement aux œuvres qui se livrent par elles-mêmes. Il est par conséquent des plus adapté aux expérimentations des artistes ingénieurs de Visual System.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Profile

16_05_01

Artie Vierkant, Profile, 2016.

En France, le droit d’une personne sur son image est protégé en tant qu’attribut de sa personnalité. Mais comment des lois, qui nous protègent diversement selon les pays des usages immodérées de nos images à l’ère de leur totale dématérialisation et au rythme de leur flux planétaires, pourraient encore opérer ? Et qui, mieux qu’un modèle ayant renoncé à ses droits à l’image, pour nous les évoquer ? On ne sait ni son prénom ni son nom, mais il a posé des heures durant pour la machine qui en a capturé les moindres détails en trois dimensions. Avant de renoncer, par contrat, aux usages en devenir des images ainsi saisies par la machine. Car c’est l’artiste new-yorkais Artie Vierkant qui possède la base de données lui permettant de générer toutes les poses ou postures du modèle ainsi saisi. Ses premières représentations se situant à mi-chemin entre la peinture néo-classique et la photographie objective sont actuellement visibles à la New Galerie que tiennent Marion Dana et Corentin Hamel dans le troisième arrondissement de Paris. Le titre de l’œuvre, Profile, qui est aussi celui de l’exposition nous incite à envisager autrement les profils que, sur l’Internet, nous remplissons méticuleusement avant de cocher instinctivement les cases des conditions de service qui nous en libèrent. Quand, comme pour se rassurer, nous nous convainquons de ne rien avoir à cacher. Il y a dans les représentations par l’image de cet inconnu en qui tous nous nous reconnaissons possiblement, une étrange étrangeté. Confiant, tout comme l’était Faust, il a signé un pacte ou contrat avec celui qui, peut-être, lui apportera la célébrité qu’un autre artiste en d’autres temps nous a déjà promis !

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Portraits

16_04_01

Christa Sommerer et Laurent Mignonneau, Portrait on the Fly, 2015 – Systaime, Neticones, 2016.

Des portraits, on ne se souvient généralement que des artistes qui les ont peints : de Piero della Francesca plus que d’un Duc, de Théodore Gericault plus que d’un hussard ou de Francis Bacon plus que d’un pape. Car la puissance, en art, est davantage symbolique.

Il y a actuellement quelques portraits exposés sous la verrière du Grand Palais abritant Art Paris. Et l’on remarque parmi eux ceux de la série “Portrait on the Fly” que dessinent des mouches sur le stand de la Galerie Charlot. Les artistes Christa Sommerer et Laurent Mignonneau vivant et travaillant à Linz en Autriche ont commencé par en “capturer” une avant de la “cloner”. Toutes ensembles, elles forment et reforment les portraits de celles et ceux qui ont accepté, un jour, de tenir la pose. Apparemment désorganisées, les mouches se meuvent de point de vues en point de vues. Parfois, le duo les immobilise au travers de tirages dont le statut oscille entre dessin et photographie. En temps réel, jamais les insectes ne se figent simultanément, tentant de capturer un mouvement dans sa fulgurance, de parfaire l’image d’un réel qui résiste. Les mouches, lorsqu’elles connaissent les identités de celles et ceux que l’on oubliera bientôt, dessinent les caractères typographiques de leurs prénoms et noms. Ainsi, elles sont titres autant qu’images.

Dans un même temps, il est d’autres portraits qui s’accumulent en ligne sur le site de l’artiste français Systaime qui les intitule “Neticones”. Car se sont des icônes qui en déterminent les contours. Des icones semblables en tout point à celles qui tracent les chemins des accès aux journaux intimes de nos révélations en ligne, des icones dont le statut oscille entre image et caractère. Et l’on se souvient des portraits en ASCII ART des années quatre-vingt que les émojis réactivent aujourd’hui en couleur. L’histoire de l’art est ainsi faite de tendances que des artistes activent et réactivent en se saisissant des technologies de leur temps et de leur environnement, le nôtre. Tous nous devenons icônes, sans distinction aucune car les images, en ligne (“neticones.com”), n’ont généralement que la valeur symbolique de nos attentions. Soit la plus belle des valeurs.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Paysages Fertiles

16_03_19

Daito Manabe & Motoi Ishibashi, Rate-Shadow, 2016.

Daito Manabe et Motoi Ishibashi sont des artistes-ingénieurs contemporains qui s’affranchissent de toutes les catégories au travers de l’usage du code et de l’électronique. Et l’on mesure, à l’entrée de l’exposition “Paysages Fertiles” que la Maison de la Culture du Japon à Paris leur consacre actuellement, l’étendue de la diversité des domaines qu’ils investissent ensemble en passant de l’art à l’innovation, entre installations et performances. Au-delà de la première salle qui documente leurs travaux par la vidéo, « c’est de l’invisible dont il est question » selon la curatrice tokyoïte Aomi Okabe. D’une forme d’art qui révèle d’autres possibles réalités, et ce, qu’elles soient augmentées, diminuées ou altérées. Avec “Rate-Shadow”, c’est une théière qu’un socle convertit en sculpture. Mais ses facettes polygonales, à bien y regarder, trahissent le processus de prototypage dont elle est issue, c’est-à-dire qu’un modèle tridimensionnel a précédé l’objet comme c’est généralement le cas dans l’industrie. Bien que l’objet, ici, soit une pièce unique. Quant au modèle, il nous renvoie à la théière que l’informaticien Martin Newell, investiguant d’autres possibles, immortalisa en 1975 avec une image que l’on qualifiait alors encore de “synthèse”. Mais revenons à l’exposition des deux artistes japonais où des médiatrices et médiateurs nous incitent à photographier une théière qu’un éclairage circulaire magnifie déjà. Car c’est en baissant la luminosité de nos appareils qu’une autre réalité s’offre à nos regards. Les images avec lesquelles nous repartons, en documentant le réel, nous renvoient aussi à toutes les images synthèse qui se situent très précisément entre l’objet et sa représentation. C’est-à-dire entre l’objet réel et son origine tridimensionnelle. Se faisant, les artistes nous incluent dans ce processus de l’entre deux.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

System Failure

16_02_06

François Ronsiaux, IP United Land, 2012.

Il y a actuellement au Cube d’Issy-les-Moulineaux une exposition qui met en lumière les échecs de nos systèmes à l’ère globale. Son titre, “System Failure”, fait clairement référence aux disfonctionnements des machines alors que les œuvres qui y sont présentées évoquent davantage les responsabilités qui sont les nôtres quant à l’humanité toute entière. Deux visions du monde, ou du désastre, c’est selon, cohabitent ainsi dans le travail de François Ronsiaux. Il y a celle intitulée “United Land” qui nous confronte à des villes englouties. Et l’on comprend, en les reconnaissant, qu’il s’agit d’une œuvre d’anticipation alors que les distances qui les séparent nous indiquent l’aspect planétaire de l’inondation dont il est question. Or il n’est pas un fragment dans ces images nous alertant quant aux possibles conséquences d’un réchauffement climatique déjà initié qui n’ait été capturé par François Ronsiaux. Tout au plus, ces fragments se seraient hybridés les uns avec les autres dans sa machine. On mesure l’attachement que l’on porte aux sites emblématiques que François Ronsiaux a engloutis, sans même les avoir nécessairement explorés un jour, au fur et à mesure qu’ils s’offrent à nous, totalement désertés et tout particulièrement silencieux. Les caractères I et P du titre de son autre série “IP United Land” désignent la théorie de l’Inversion des Pôles que redoutent quelques scientifiques depuis que l’un d’entre eux, Bernard Brunhes, en a émis l’hypothèse dès 1905. Le niveau de l’eau, toujours selon l’artiste, se serait élevé au point de recouvrir toutes nos villes. Et il n’en resterait que les parties supérieures de quelques tours dont on reconnaît encore une fois les architectures pour les plus emblématiques d’entre elles. Le reste du monde, si l’on considère la “Survival Map” dressée en 2012 par l’artiste qui initiait ainsi simultanément les deux séries de photographies, ne serait constitué que d’eau ou de glace selon les températures extérieures. Et les frontières que des générations se succédant se seraient efforcées de maintenir, ou de franchir au prix exorbitant de leurs vies, auraient enfin disparu !

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Vols Indirects

16_01_23

Joe Hamilton, Indirect Flights, 2015.

La soixante-sixième édition de l’exposition Jeune Création se termine tout prochainement. Or il est intéressant, à l’heure du bilan, de remarquer que c’est la galerie Thaddaeus Ropac qui l’a accueillie cette année sur son site de Pantin ayant les allures d’un centre d’art. Car il n’est guère fréquent qu’une telle galerie, à ce point repérable sur le marché de l’art à l’international, participe à organiser un tel événement dédié aux artistes émergents. Et parmi les autres partenaires, on remarque le Sudio XPO initiée par Philippe Riss qui inaugure là le prix du Postdigital, une tendance visant à rematérialiser les pratiques numériques de l’immatériel dans le White Cube de l’art contemporain. Ce que Kevin Cadinot  et Caroline Delieutraz poursuivent en ligne avec le projet associé White Screen dans sa seconde version. Les cultures numériques sont donc à l’honneur à la croisée de l’art et des pratiques émergentes. Comme elles le sont depuis peu à la Maison Populaire de Montreuil au sein de l’exposition Simulacre de la saison “Comment bâtir un univers qui ne s’effondre pas deux jours plus tard” des curateurs en résidence Marie Koch et Vladimir Demoule. Il est un artiste dont le travail est simultanément présenté à Pantin et à Montreuil pour se poursuivre en ligne, c’est celui de Joe Hamilton. L’artiste australien a conçu et réalisé Indirect Flights en de multiples versions. Dans tous les cas, le public fait face à un collage de l’hybride sans début ni fin. C’est un univers de textures dont la planéité cohabite avec la profondeur. Cartes, matériaux, entre autres fragments, glissent les uns au-dessus des autres sans jamais entrer en collision car ils ont été déposés à diverses altitudes par l’artiste. Les “vols” des spectateurs sont inévitablement “indirects” comme le sont les voyages sans destination précise. Indirect Flights  est un périple dont on ne connaît que l’heure du départ.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire